A Ellezelles on ne brule
plus les sorcières.
(Jacques et Claude Vandewattyne)
C'est tout a fait par hasard que nous sommes tombés sur la piste des
sorcières ! Avec un groupe d'élèves, je m'occupais d'archéologie
locale. On pratiquait des sondagespour déterminer les emplacements intéressants
de l'histoire de notre village. L'un d'eux me dit : "De chez moi je vois
une butte à la place à l'Aulnoit. C'est peut-être un tumulus"
Nous avons pratiqué une tranchée, mais point de vestiges ! Un spécialiste
des sols est venu sur place et il nous dit qu'il s'agissait d'un terrain vierge
et qu'il était inutile de continuer nos recherches.
Toutefois, en parlant avec les gens du hameau, nous avons appris bien des choses.
C'est l' mareu à chorchiles ! C'est là que les sorcières
venaient aux danses ! D'ailleurs la végétation est differente et
les arbres crèvent Rosa : Et mi, j'ai eul lîf
des chorchiles !
C'était tout simplement un livre, peu connu, d'Emmanuel degand, secrétaire
communal et historien : "MélangePolitiques et philosophiques"
des presses de Jules Leherte-Cortin à Renaix. Il signalait la découverte
aux archives générales du royaume d'un document relatif à
l'excécution de sorcières à Ellezelles. nous avons consulté,
auxarchives d'état de Renaix, les comptes du baillage de Flobecq et Lessines
du 25 mars 1610 au 28 mars 1612. Il ne s'agissait pas des minutes d'un proces
mais la relation des frais de procédure de cinq proces qui eurent lieu
à ellezelles en 1610. Il fallai, en effet payer les sergents qui apréhendèrent
les sorcières, le greffier, le lieutenant du grand bailli, le messager
qui se déplaça àEnghien pour quérir l'officier des
hautes oeuvres, le feu etles chandelles, le chaudeau, la bière, le vin,
la viande pour le déjeuner des prisonnières avant de les mener à
la justice, la paille et les fagots qui servierent à bruler les sorcières
... Cinq sorcières furent donc exécutées à Ellezelles
en 1610. Cela frappa les imaginations à tel point que trois siècles
plus tard, on en a gardé le souvenir. Le hameau est bâti sur l'enfer,
pas moins assuraient les anciens de l'endroit.
Afin de meubler le vide archéologique, l'idée nous est venue
de mon. C'est une sorte de revuéter un spectacle et de faire danser des
sorcières sur cette butte du diable. Avec la maison des jeunes, on a créé
un groupe de sorcières et les gens du hameau jouaient le rôle des
paysans. Le scénario est simple : Les sorcières viennent danser
sur la butte, autour d'un grand feu activé par les diablotins. Elles racontent
au diable ce qu'elles ont fait de mal pendant l'année écoulée.
C'est une sorte de revue villageoise. Le diable parle français, les sorcières
s'expriment en picard et Sidoniek sorcière flamande, vient de l'autre coté
de la frontière linguistique. "zij klapt vlooms"
C'est probablement le seul endroit en Belgique le seul endroit où où
il est possible d'assister à un théâtre trilingue. Le diable
encourage ses sorcières à faire le mal. Il leur fait goûter
son philtre magique qui les rendra encore plus méchantes. Mais les paysans
de l'endroit ont appris que les chorchîles tenaient sabbat
dans leur hameau et ils leur réservent une belle surprise. Ils font irruption
sur la butte et parviennent à attraper une d'entre elles. Elle est jugée
d'une façon assez sommaire et rammenée sur la butte. Elle est finalement
brulée et les spectateurs dansent autour de la malheureuse qui pousse un
dernier cri de douleur. Une réussite totale malgré l'absence de
sonorisation et d'éclairage, excepté le feu. Nous en gardons un
excéllent souvenir. D'année en année, le spectacle est devenu
plus sophistiqué et 20 sorcières périrent ainsi par la corde
et le feu.
(source : Hainaut tourisme - juin 1996)
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